Au centre ASCLEPIOS, il y a un monsieur de plus de 75 ans qui ne vient pas « faire travailler sa mémoire », non, ça serait beaucoup trop triste… Il vient se brosser les neurones.
Les sessions se déroulent avec un programme papier-crayon qui titille l’attention, chatouille la mémoire, secoue la planification, et taquine au passage la pertinence et la capacité à envisager différentes solutions. Autrement dit : on met le cerveau en salle de sport, mais en jogging confortable, pas en combinaison de triathlon.
Première série : le précieux modèle !
Dans la première série, Monsieur B rencontre un modèle. Coup de foudre immédiat. Il s’y accroche, le scrute, le dissèque… mais oublie un léger détail : regarder l’exercice dans son ensemble. Résultat : beaucoup de temps passé au démarrage, un peu comme quelqu’un qui lirait le menu pendant une heure avant de réaliser que les autres autour de lui ont déjà commandé.
Le principe que nous avons tiré ensemble : « avant de commencer toute tâche, je regarde l’ensemble du travail à effectuer, histoire de savoir si je pars pour une promenade ou un marathon. C’est valable pour les exercices… et pour les listes de courses ».
Deuxième exercice : mandala, triangles et carrelage
Deuxième manche : un mandala à reconstruire avec des triangles. Immédiatement, le cerveau de Monsieur B a envie d’innover : retourner les triangles, les retourner encore, les retourner toujours. Sauf que la consigne est formelle : rotation oui, retournement non.
Pour éclaircir cette histoire de triangles rebelles, il a fallu sortir… un bout de carrelage. Démonstration en direct : si l’on retourne le carreau, on perd la couleur. Mince !.
Là, Monsieur B éclate de rire et lâche : « De toute façon, j’ai horreur de bricoler, encore moins de faire du carrelage. »
Nous voilà fixés : le cerveau veut bien faire des efforts, mais pas avec une truelle.
Grâce à cet exercice, Monsieur B a pu apprivoiser ses difficultés visuo-spatiales, sans avoir à poser le moindre joint de carrelage.
C’est ce qu’on appelle une victoire propre et sans poussière.
Troisième section : la revanche des carrés
La troisième partie propose une forme composée de carrés, chacun deux fois plus petit que le précédent. À ce stade, Monsieur B a tellement intégré les principes des deux exercices précédents qu’il exécute cette dernière étape en un clin d’œil.
Plus rapide qu’un tutoriel sur Internet, et beaucoup plus sympathique.
Le lui faire remarquer a déclenché un joli moment : il était visiblement fier, soulagé, et surtout rassuré de constater que, oui, ses neurones savent encore très bien se coordonner quand on leur donne les bons outils.
Conclusion : pourquoi s’en priver ?
Cette approche, spécifiquement conçue pour restaurer, renforcer et compenser certaines capacités cognitives, montre à quel point elle peut améliorer l’autonomie et le fonctionnement au quotidien… tout en offrant une bonne dose de fous rires, de surprises et de petites victoires personnelles.
En résumé : c’est une remise à niveau cérébrale aussi sérieuse dans ses objectifs que joyeuse dans sa forme. Pourquoi s’en priver, quand on peut repartir avec le moral regonflé, des neurones échauffés, et l’intime conviction qu’on n’est pas obligé d’aimer le bricolage pour être drôlement malin ?
