Cette semaine, j’ai partagé une aventure passionnante avec une adolescente de 16 ans, brillante et volontaire, mais dont l’infirmité motrice cérébrale rend chaque apprentissage un défi à la fois physique et mental. Mon objectif ? Travailler sur la compréhension. Mon erreur initiale ? Croire que le « cerveau » pouvait bosser tout seul, peinard, sans passer par la case « émotions ».
Premier jour : lancement du protocole super calibré. Lecture, observation, description, identification des verbes d’action et d’état (la totale !).
Tout roulait. Enfin, presque.
Je pose alors « LA » question : « Que ressens-tu, toi, là-dedans ? ».
Petit silence. Bon, je sors mon joker : une belle matrice colorée pleine d’émotions au choix. Elle sélectionne « triste », « stressée », « contente » — parfait ! … jusqu’à la question suivante :
“Et pourquoi, à ton avis, le personnage ressent-il ça ?”
c’est là qu’on tire vers le non dit dans l’histoire et l’implicite !
Blanc total. Soupir. Et le fameux « je ne sais pas quoi dire ».
C’est à ce moment précis que j’ai compris : je construisais un château de cartes sans fondations.
Comment parler de ressenti quand on ne sait pas à quoi correspond une émotion,
ni quel besoin elle vient signaler ?
Alors nous avons passé deux jours complets à explorer le monde merveilleux des émotions — version carte au trésor.
Colère ? Besoin de justice.
Peur ? Besoin de sécurité.
Joie ? Besoin comblé !
Peu à peu, les pièces du puzzle se sont assemblées.
Et quand, plus tard, elle a lu un texte sur l’empathie et a dit :
« Il a simplement besoin d’être rassuré pour ne pas se bloquer »,
j’ai failli lui décerner la médaille du « sens retrouvé ».
Moralité : quand le cognitif rame, il faut quelques fois aller chercher du côté du cœur.
La tête sans émotion, c’est un peu comme un ordinateur sans Wi-Fi : ça tourne, mais ça ne se connecte à rien.
